Elio

Elio Canestri était un jeune espoir du surf Réunionnais. Il est décédé sur l’île de la Réunion des suites de l’attaque d’un requin Bouledogue le dimanche 12 avril 2015.

Il s’agissait de la 15ème attaque de requin – la 7ème attaque mortelle – depuis le début de la crise requin en février 2011 avec l’attaque d’Eric Dargent. Après Eddy Aubert en juin 2011, Mathieu Schiller en septembre 2011, Alexandre Rassiga en Juillet 2012, Stéphane Berhamel en mai 2013. Cette attaque survenait moins de 2 mois après l’attaque mortelle de la jeune baigneuse de 22 ans Talon Bishop.

Elio faisait partie du Pôle Espoirs, avait été champion régional en catégorie benjamins et faisait partie de l’équipe de La Réunion pour les Championnats de France. Il surfait avec des planches Notox fabriquées à Anglet et il venait surfer au Cap Ferret et sur la Côte Basque chaque été.

La Vie de l’Angelio – par Giovanni Canestri, son papa

Pour parler d’ELIO il faut obligatoirement parler de l’histoire de notre famille, à commencer par la naissance de son frère ainé, TEO.

Naissance donc, de notre fils ainé le 13 juillet 1994 et la découverte pour moi de l’amour absolu d’un père pour un fils. Onze mois passent pendant lesquels mon épouse finit ses études d’orthophonie. Elle est diplômée le 22 juin 1995, le 26 nous sommes dans l’avion pour La Réunion. Sept années de pur bonheur et l’arrivée nouvelle d’un enfant, le 24 septembre 2001 à st Paul. ELIO mon titi est là…Tic-tac tic-tac…Une explosion nouvelle dans nos cœurs, l’amour est toujours aussi immense. Nous sommes maintenant quatre. TEO commence le surf et les journées, parfois après l’école et durant toutes les vacances scolaires, sont rythmées par les journées entières sur les différents spots de surf de la Réunion. Titi est bébé et joue sur le sable, il découvre les joies de la baignade, dans les eaux chaudes de notre belle ile, déjà fasciné en regardant Teo surfer. Titi bel enfant, sa vie coule tranquillement et il grandit, commence à marcher, babille, s’émerveille, curieux de tout. Nous, attentifs, éblouis par cet enfant plein de promesses. Les mois passent, un premier anniversaire, tic-tac…tic-tac… Le temps s’égrène tranquillement, la venue d’un nouvel enfant est annoncée. Elio devra partager avec sa sœur Eléa. Nouvelle venue, nouvelle explosion d’amour. Quelle belle famille… Titi grandit, va à l’école maternelle de l’Ermitage, tout coule sur cette belle ile de la Réunion qui laisse espérer un futur extraordinaire.

Quatre ans, les premières montées de planche à Trois Bassins. Nous, émerveillés de voir avec quelle facilité Elio apprend le surf. Une passion est née et avec elle un futur champion. Tic-tac, tic-tac… Surf !! Surf !! Surf !! La vie de Titi tourne autour de cette saine passion pleine de valeurs humaines et de courage… Que de personnes émerveillées aussi sur cette plage du petit train au Cap Ferret. Combien de gens sont venus à moi, ton père, pour me faire part de leurs sensations incroyables de te voir si petit, si frêle, dans ces vagues, si fortes que j’étais obligé de t’y pousser. Quelle fierté de père, souvent silencieuse, devant l’admiration de ces personnes captées par cette élégance, cette aisance naturelle sur cette si petite planche.  Six ans tout juste, première compétition, spot de la tortue comptant pour le Marmaille Tour. Premier tour. Ouf !! Passé. Quart de finale, super !! Deuxième de série, qualifié pour la demi-finale. Quel stress…pour moi. Toi, tu joues avec tes copains, insouciant de l’enjeu, juste le plaisir d’être là. Nous, contents de te voir, de vous voir tous heureux. J’essaie tant bien que mal de t’expliquer qu’il faut de la rigueur, de la discipline pour y arriver. Tu t’es légèrement blessé au genou. Peine perdue, tu ne vas pas y retourner… Tant pis, partie remise.

Une sélection de dix jeunes surfeurs, longboarders, bodyboarders, qui doivent représenter l’avenir du sport Réunionnais sont invités à passer des tests, supervisé par Patrick Florès entraineur de l’équipe de France de surf, père de Jeremy notre grand espoir français au plus haut niveau mondial. Tu en fais partie, joie immense pour nous, de plus tu es le plus jeune de tous. Jour des tests, je ne suis pas là, je peste, car je suis ton premier fan. Maman t’amène… Je suis impatient de savoir comment cela s’est passé, mal me dit ta mère, tu n’as pas pris une vague… Je suis un peu en colère, maman me calme, les propos de Patrick Flores se veulent rassurants :

-« Ne vous inquiétez pas il n’a que six ans… On m’a parlé d’Elio… Il a le temps, je garde un œil sur lui »

Tu es un titi si gentil, comme Teo, comme Eléa avec qui tu te disputes très souvent, vous êtes chien et chat mais cul et chemise, pas l’un sans l’autre, comme des jumeaux, vous n’avez que seize mois d’écart… L’école ? C’est cool tu es bon élève sans être un premier de la classe, cela nous va, car nous connaissons ce potentiel qui est en toi. Tu as toujours une question à poser, toujours intéressé pour tout. Tu as une habitude que je ne t’ai jamais faite remarquer, je la garde pour moi, pour ne pas détruire cette magie : je viens te chercher à l’école, j’attends que tu sortes et je connais déjà le processus, tu ouvres la porte de la voiture tu t’assois, tu boucles ta ceinture, tu tournes ta tête vers moi…

-« Bonjour papa !! Et papa !! tu sais papa !!… »

Toujours avec enthousiasme comme si c’était d’une importance capitale. Tu feras cela jusqu’au collège. Même si j’allais moins souvent te chercher, car tu avais grandi tu avais cette soif d’indépendance, ce désir de t’accomplir.

Tu étais pressé de devenir grand. Tu t’inquiétais que ta sœur soit plus grande que toi. Tu voulais vite arriver à l’âge de la conduite accompagnée, tu voulais que tout arrive vite, comme si tu savais que le temps t’était compté. Tout faire, tout faire pour tout faire… Tu avais même choisi ton métier, dentiste… Cela ne t’empêchait pas de vouloir aussi partir à Hawaï pour y vendre des crêpes. Sacré titi. Une chose nous fascinait chez toi. Cette faculté que tu avais de savoir te soucier des autres et surtout des plus petits, on pensait que tu ferais un super moniteur de colo.

Toujours à taper la discute avec tout le monde, car tout le monde te connaissait, comme on a pu le voir lors des hommages sur la plage des brisants, ton spot préféré à l’époque où surfer en toute sécurité à la Réunion était possible, comme nous l’avons encore constaté lors de la cérémonie à l’église, émouvante, déchirante, aucun qualificatif n’existe dans cet univers pour décrire le trou noir qu’a créé ta disparition…

Le temps s’égrène toujours paisiblement, tic-tac, tic-tac… Quelle chance vous avez, papa travaille en métropole, au Cap Ferret où je tiens une affaire. Sur six mois de l’année je partage mon temps entre le Cap et la Réunion. Toutes nos vacances d’hiver, pour la Réunion, d’été pour la métropole sont passées sur la côte atlantique jusqu’à Biarritz où Mamina et Peppone habitent. Mais aussi chez mes parents Papi, Mamie en Dordogne à Montpon Ménestérol où tu découvres ce qui va être pour toi le début d’une passion, la pêche.

Les premières récompenses arrivent alors que tu fais partie de l’école le dodo surf club. Tu as huit ans, tu remportes la coupe du père noël, en trois épreuves. Le surf, le boodyboard, le longboard. Tu feras premier en surf, premier en longboard et deuxième en boody. Tu termineras troisième du billabong contest avec un prix spécial, pour avoir pris la plus grosse vague de la compète. Spot de trois bassins, » tu te fais prendre par le courant qui t’amène au pic où des vagues énormes se forment. Tout le monde s’affole, maman change de couleur, la peur de l’irréparable nous tient fort les tripes. Matt qui est l’organisateur, ton entraineur et le speaker de la compète envoie les personnes qui sont en charge de la sécurité. Le courant t’a déjà amené au pic et la, la vague enfle, grossit, pour devenir énorme, énorme pour toi petite crevette. Ma respiration est courte, mon cœur se serre. La vague qui a atteint toute sa hauteur, prête à te prendre et t’engloutir dans son écume blanche se voit d’un coup chevauchée par un petit surfer au cœur de fer, tu t’es retourné, tu as ramé animé par la peur de ce monstre d’eau, tu t’es glissé dans son creux et docile elle t’a ramené vers nous. Tout le monde applaudit, quelle fierté, moi à ta place je serais mort.

Tes prétentions à propos de ton devenir en surf commencent à faire leur chemin. Nous décidons, ta mère et moi, de te donner les moyens de t’accomplir dans cette saine passion. Après concertation nous te faisons changer de club, du Dodo Surf Club à Trois Bassins où tu étais très bien, tu passes au Saint Leu Surf Club. Les dirigeants et entraineurs, après ton accident, décideront de le rebaptiser du nom de Saint Leu Surf Club Elio Canestri, émouvant, déchirant, tout comme cet artiste qui a fait une sculpture de toi sur la base de la photo de ton profil Facebook, extraordinaire, plus de mots, que des pleurs.

Tic-tac, tic-tac l’horloge du temps qui passe, du temps qui te reste à vivre. L’été de tes neuf ans, en métropole est rythmé par les séjours à Montpon, au Cap Ferret et à Biarritz. Tu finiras deuxième des Têtards plage des Basques, compétition pour les jeunes futurs champions ; cette même année tu te feras repérer plage des Corsaires à Anglet par l’équipe NO TOX, qui te proposera un sponsoring pour les planches green one faites sans aucun composant toxique, c’est bien, il faut faire attention à son prochain…

Au sein de ton club tu t’entraines, tu progresses grâce à l’attention que t’accordent tes entraineurs, Jeremy Attyasse et Fabrice Fridman. Un premier voyage en Afrique du sud est organisé, tu as dix ans et demi, tic-tac, tic-tac… Tu pars en mars 2012 à Durban pour dix jours. Tu en reviendras enchanté, vous avez entre surf et balade culturelle, ramené des souvenirs plein la tête. Nous étions tellement contents pour toi malgré la séparation d’avec notre titi, c’était la première fois que tu partais sans nous et si jeune.

Mon fils, mon titi, mon Elio, quelle douleur pour moi ton père d’être obligé de raconter ta vie si courte, si intense et pleine de lumière. Comment ne pas s’effondrer en repensant à tous ces moments de complicité, de joies partagées, de colère parfois, de penser à tes yeux si bleus, si profonds ; à tes petites taches de rousseur sur ce nez parfait, à cette bouche si bien dessinée où est accroché en permanence ce sourire, que tu conserveras jusque dans ton dernier sommeil. Etre obligé de remonter le temps tic-tac tic-tac, en sachant que rien ne pourra empêcher l’issue fatale. Me rendre compte qu’il me faudrait écrire un livre pour chaque année de ta courte vie. Pourtant il me faut continuer, continuer de remonter le temps, le temps de tes onze ans, année de ton sacre, de tes victoires en chaîne. Tu es en benjamin, tu concours pour le Championnat, pour la Coupe de la Réunion et le Marmaille Tour où la victoire t’avait échappé de si peu l’année précédente.

… A Suivre

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14 réflexions sur “Elio

  1. Monsieur Canestri,

    Quel magnifique texte sur votre petit Elio…je n’ai pas de mots qui puissent atténuer votre souffrance innommable, alors je préfère vous dire que pas une journée ne passe sans que je n’ai une pensée pour votre famille et Elio. J ai été très touchée par votre histoire et vous souhaite beaucoup de courage, d amour et des petits moments de sérénité qui doivent être si rares. Je soutiens votre combat à 100%, avec l aide de votre Titi et tous ces gens qui vous aiment vous gagnerez!
    Amicalement,

    Sonia Giron

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  2. Le coeur serré à la lecture du récit de cette vie trop brève… c’est beau, et raconté avec toute la tendresse d’un père pour son fils… cet enfant ne mourra jamais, il est dans les mémoires de milliers de personnes pour toujours.

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  3. Je ne connais pas la Reunion ni le monde du surf mais l’histoire d’Elio m’a profondement touchè sans que je puisse l’expliquer
    C’est donc avec beaucoup d’emotion que j’ai lu votre texte.
    Je vous remercie de partager son histoire avec nous.
    Felicitation pour votre combat

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  4. Chaque jour, plusieurs fois, souvent même, je pense à vous, à Elio. Nous ne nous connaissions pas. Pourtant depuis ce jour où Elio est devenu un « ange » il est en moi dans un petit coin de mon cœur, comme toute votre famille. Ma gorge se serre chaque fois et les larmes ne sont pas loin. J’aime Elio comme si il avait été élève dans ma classe de CM1, j’aime Elio comme si il avait été dans mon équipe alors que j’étais animateur en colonie de vacances, j’aime Elio comme si nous avions été voisins, amis. J’aime Elio comme si j’étais de votre famille. Je vous serre contre mon cœur comme un frère, un ami. Votre douleur est mienne.

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  5. La tristesse me gagne à la lecture du récit de vos souvenirs précieux. La mélodie de ce tic-tac ne cessera pas,
    car il repose en chacun de vous, de nous, dans nos pensées, nos paroles, nos coeur et nos esprits. Je n’ai jamais connu ce petit Ange, et même à 20 000km, je pense à lui à chaque vague que je prend, quand je contemple la mer, et bien d’autres fois. Je retourne à l’eau pour lui, pour honoré son immense courage, lui rendre hommage chaque jour, et le remercier de me transmettre sa passion et son amour pour La Vague. Je ne l’oublierais jamais Mr Canestri.

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  6. Rien que de lire ce texte . J’en ai les larmes aux yeux. Je suis une passionnée de surf. Et à partir de ce fameux jour. Je n’arrête pas de penser à Elio et à vous sa famille. Pas un jour où je n’y pense pas.

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  7. Bonjour, l’histoire d’Elio est la plus touchante que j’ai lu, je fais partie du monde du surf, je surfe aussi, j’ai 15 ans, et cela pourrait m’arrivait aussi ce genre de drame, c’est pour sa que je suis de tout cœur avec vous pour la régulation des requins et pour des zones protégés correctement à la réunion , je vous admire pour tout le courage que vous avez à vous battre pour cette cause, mes sincères condoleance a vous, à votre famille, aux proches et aux amis d’Elio.

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  8. After only learning of this a few days ago I can not stop thinking of Elio and your family. I am so sorry for this terrible loss. He was so full of life and promise. I am the mother of a 8 year old surfer and the wife of a surfer. I see my little son when I see Elio. Your son is a inspiration and I will think of him often. Sending love from Southern Caifornia.

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  9. C’est tellement beau ! mais à la fois émouvant et déchirant, que cette événement aussi tragique a enlevé ce petit moustique que je ne connaissais absolument pas mais j’espère qu’il surf bien la haut ! il ne peut qu’être très fier de tous ses proches amis mais surtout vous ses parents frère et sœur !

    je vous souhaite tous le courage possible ! car ce combat est le plus beau qu’un père puisse donner !
    Un jour je viendrais vous et lui rendre visite à ce ptit ange ! ❤
    Pas un jour ce passe que je penses à cette petite tête blonde et à ses yeux bleus que la mer était venu s'imprégner. Des que je vois ses amis lui écrire un message, cela me peine considérablement.
    Je vous souhaites tous le courage du monde ! Battez vous et soyez fort ! vous êtes soutenu !

    Cordialement Michael

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  10. Monsieur,
    maman de deux bouts de choux, je ne peux rester indifférente à votre déclaration d’amour pour votre regretté fils.
    Votre Histoire m’a ému aux larmes et je pense souvent à votre fils, votre magnifique fils. Vous pouvez en être fier, vous, sa maman et son frère et sa sœur.
    Vous pouvez aussi être fier de vous, ses parents, car à la lecture de votre texte, vous avez su lui laisser la liberté qu’il souhaitait, le laisser faire ses choix dans sa vie. Vous l’avez respecté et il vous a probablement remercié à sa manière.
    Je ne peux que vous souhaitez bon courage à tous, sa famille, ses amis, ses proches, pour surmonter cette immense tragédie. Le temps fera le reste, non pas d’oublier, on ne peut pas, mais je vous souhaite d’arriver à vivre avec. Pour Elio, pour vos enfants, pour vous tout simplement !

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